Les Fédéralistes européens appellent à un sursaut de supranationalité et à une dynamique qui transcende les diversités par une volonté commune.
Une opinion de Domenico Rossetti di Valdalbero, François Mennerat, Jean Marsia, pour l’Union des FĂ©dĂ©ralistes EuropĂ©ens
Alors que la Chine est devenue l’usine du monde et les Ătats-Unis la super-puissance techno-militaire du monde, l’Europe unie doit se transformer d’urgence. Elle doit faire face aux dĂ©fis des Empires rĂ©surgents, souvent malveillants, et en tout cas peu enclins au multilatĂ©ralisme et Ă la dĂ©mocratie, plus disposĂ©s Ă utiliser le droit de la force que la force du droit.
En 2026, la “grande” Allemagne ne reprĂ©sente que 1 % de la population du monde ; le budget de la dĂ©fense de la France correspond Ă 2 % des dĂ©penses militaires mondiales ; les voitures produites en Italie reprĂ©sentent 0,8 % de la production mondiale. Bref, pris sĂ©parĂ©ment, mĂȘme les plus importants Ătats de l’Union sont nĂ©gligeables au XXIe siĂšcle.
De moins en moins protĂ©gĂ©e par les Ătats-Unis d’AmĂ©rique et de plus en plus dĂ©pendante de pays tiers, notamment pour sa transition Ă©cologique, car elle importe beaucoup de batteries, de panneaux solaires et de vĂ©hicules Ă©lectriques, l’Europe risque des ruptures de ses chaĂźnes de valeurs industrielles, des matiĂšres premiĂšres aux produits semi-finis sans parler des tarifs douaniers mis en place outre-Atlantique.
Bref, dans un monde de brutes, l’Europe doit se relever, affirmer son unitĂ© et sa fermetĂ© pour ne pas devenir un simple appendice de l’Asie ou un vassal encore plus docile des Etats-Unis.
Le rappel de Mario Draghi
Depuis l’acceptation de la Pax Americana, puis la DĂ©claration Schuman du 9 mai 1950, l’Europe a rĂ©ussi Ă vivre en paix, avec un niveau de bien-ĂȘtre, de libertĂ© et de prospĂ©ritĂ© sans prĂ©cĂ©dent. Son systĂšme capitaliste-social a eu des rĂ©sultats formidables que confirme son espĂ©rance de vie : 82 ans dans l’Union europĂ©enne, 3 ans de plus qu’en Chine ou aux Etats-Unis et 8 ans de plus qu’en Russie.
Comme l’a rappelĂ© Mario Draghi lors de la remise de son doctorat honoris causa Ă la KULeuven ce 2 fĂ©vrier, depuis 75 ans, l’Union s’est efforcĂ©e de construire un projet commun. Nous, EuropĂ©ens, sommes actuellement les plus grands exportateurs et importateurs du monde. Unis, nous construisons la moitiĂ© des avions commerciaux du globe. Il a posĂ© une question pertinente : voulons-nous rester seulement un marchĂ© ou dĂ©cidons-nous de devenir une grande puissance, seule capable de dĂ©fendre nos valeurs ?
Pour cela, il faut passer, dit-il, d’une confĂ©dĂ©ration, certainement en matiĂšre de dĂ©fense, de politique Ă©trangĂšre et de fiscalitĂ©, Ă une fĂ©dĂ©ration. Le droit de vĂ©to est toxique pour l’intĂ©gration europĂ©enne et ne donne aucun avenir Ă nos enfants. Dans les domaines oĂč l’Europe parle d’une seule voix et s’est presque fĂ©dĂ©rĂ©e, pour la concurrence, la monnaie, la politique commerciale, elle est respectĂ©e.
Le dernier sondage EurobaromĂštre du Parlement europĂ©en menĂ© auprĂšs de 26 453 personnes montre que 9 citoyens sur 10 demandent que l’Europe et les Ătats membres fassent preuve de davantage d’unitĂ© pour assurer leur sĂ©curitĂ©. Deux EuropĂ©ens sur trois souhaitent voir l’Union europĂ©enne jouer un rĂŽle plus important pour assurer leur sĂ©curitĂ©.
Patriotisme européen
Loin de nous l’idĂ©e d’ignorer les intĂ©rĂȘts nationaux ou de vouloir annihiler les spĂ©cificitĂ©s des 274 rĂ©gions, 27 pays et 24 langues officielles de l’Union. IntrinsĂšquement, le concept de fĂ©dĂ©ralisme implique subsidiaritĂ©. Mais les FĂ©dĂ©ralistes europĂ©ens appellent Ă un sursaut de supranationalitĂ© et Ă une dynamique qui transcende les diversitĂ©s par une volontĂ© commune.
Cela passe par l’Ă©laboration dĂ©mocratique d’une constitution europĂ©enne ; par de nouveaux transferts de compĂ©tences rĂ©galiennes en matiĂšre de politique industrielle ; par la mutualisation accrue de la dette publique et par un commandement intĂ©grĂ© europĂ©en en matiĂšre de dĂ©fense ; par des accords stratĂ©giques et commerciaux, avec l’AmĂ©rique latine et l’Inde, tout en protĂ©geant nos acteurs Ă©conomiques d’Ă©ventuelles concurrences dĂ©loyales ; et enfin, par la diffusion d’un rĂ©cit europĂ©en tournĂ© avec enthousiasme vers l’avenir et centrĂ© sur la crĂ©ativitĂ©, la fraternitĂ© et l’innovation forgĂ©es dans les traditions de notre continent, qui seront le fondement d’un authentique patriotisme europĂ©en.